le concile vatican ii à travers tous ses documents
Catéchèses du Pape Léon XIV
Catéchèses du Pape Léon XIV
Depuis le mois de janvier 2026, le Pape Léon XIV nous offre des catéchèses portant sur les documents du Concile Vatican II.
Cette page reproduit les audiences générales traitant de ce sujet au cours du temps.
Après l’Année jubilaire, durant laquelle nous avons médité sur les mystères de la vie de Jésus, nous entamons une nouvelle série de catéchèses consacrées au Concile Vatican II et à une relecture de ses documents. C’est une précieuse occasion de redécouvrir la beauté et l’importance de cet événement ecclésial. Saint Jean-Paul II, à la fin du Jubilé de l’an 2000, déclarait : « je sens plus que jamais le devoir d'indiquer le Concile comme la grande grâce dont l'Église a bénéficié au vingtième siècle» (Lettre apostolique Novo Millennio Ineunte, 57).
En 2025, nous avons commémoré, parallèlement à l'anniversaire du Concile de Nicée, le soixantième anniversaire du Concile Vatican II. Bien que le temps qui nous sépare de cet événement soit relativement court, il est tout aussi vrai que la génération d'évêques, de théologiens et de fidèles de Vatican II n'est plus parmi nous. Aussi, tout en nous sentant appelés à ne pas éteindre sa prophétie et à continuer de chercher les moyens de mettre en œuvre ses enseignements, il sera important de le redécouvrir, non pas par ouï-dire ou à travers les interprétations qui en ont été données, mais en relisant ses documents et en méditant sur leur contenu. En effet, c'est le Magistère qui demeure aujourd'hui le phare qui guide le chemin de l'Église. Comme l'a enseigné Benoît XVI : « Au fil des ans, les Documents conciliaires n'ont pas perdu leur actualité; leurs enseignements se révèlent même particulièrement pertinents au regard des nouvelles exigences de l'Église et de la société actuelle mondialisée » (Premier message après la messe avec les cardinaux électeurs, 20 avril 2005).
Lorsque le pape saint Jean XXIII ouvrit le Concile le 11 octobre 1962, il le présenta comme l'aube d'un jour de lumière pour toute l'Église. L'œuvre des nombreux Pères réunis, issus des Églises de tous les continents, ouvrit véritablement la voie à une nouvelle ère ecclésiale. Après une riche réflexion biblique, théologique et liturgique qui s'étendit sur tout le XXe siècle, le Concile Vatican II redécouvrit le visage de Dieu comme Père qui, dans le Christ, nous appelle à être ses enfants. Il envisagea l'Église à la lumière du Christ, lumière des nations, comme un mystère de communion et un sacrement d'unité entre Dieu et son peuple. Il initia une importante réforme liturgique en plaçant au centre le mystère du salut et la participation active et consciente de tout le Peuple de Dieu. Dans le même temps, il nous a aidés à nous ouvrir au monde et à saisir les changements et les défis de l'ère moderne par le dialogue et la coresponsabilité, en tant qu'Église qui souhaite ouvrir ses bras à l'humanité, faire écho aux espérances et aux angoisses des peuples et collaborer à la construction d'une société plus juste et plus fraternelle.
Grâce au Concile Vatican II, « L'Église se fait parole ; l'Église se fait message ; l'Église se fait conversation. » (Saint Paul VI , Lettre encyclique Ecclesiam). suam , 67), s'engageant à rechercher la vérité par la voie de l'œcuménisme, du dialogue interreligieux et du dialogue avec les personnes de bonne volonté.
Cet esprit, cette disposition intérieure, doivent caractériser notre vie spirituelle et l’action pastorale de l’Église, car nous devons encore pleinement mettre en œuvre la réforme ecclésiale de manière ministérielle et, face aux défis d’aujourd’hui, nous sommes appelés à demeurer des interprètes attentifs des signes des temps, des hérauts joyeux de l’Évangile, des témoins courageux de justice et de paix. Mgr Albino Luciani, futur pape Jean-Paul Ier, alors évêque de Vittorio Veneto, écrivait prophétiquement au début du Concile : « Comme toujours, il est nécessaire de créer non pas tant des organismes, des méthodes ou des structures, mais une sainteté plus profonde et plus répandue. […] Il se peut que les excellents et abondants fruits d’un Concile se manifestent des siècles plus tard et mûrissent au prix d’un travail acharné pour surmonter les conflits et les situations difficiles. » [1] Redécouvrir le Concile nous aide donc, comme l’a déclaré le pape François, à « redonner la primauté à Dieu, à l'essentiel : à une Église folle d'amour pour son Seigneur et pour tous les hommes, aimés par Lui » (Homélie pour le 60e anniversaire du début du Concile Vatican II, 11 octobre 2022).
Frères et sœurs, les paroles de saint Paul VI aux Pères conciliaires à la fin de leurs travaux demeurent pour nous un principe directeur aujourd’hui. Il affirmait que le temps était venu de partir, de quitter l’assemblée conciliaire pour aller à la rencontre de l’humanité et lui apporter la Bonne Nouvelle de l’Évangile, conscient d’avoir vécu un temps de grâce où passé, présent et futur se condensaient : « Le passé: car c’est, ici réunie, l’Eglise du Christ, avec sa tradition, son histoire, ses Conciles, ses Docteurs, ses Saints... Le présent: car nous nous quittons pour aller vers le monde d’aujourd’hui, avec ses misères, ses douleurs, ses péchés, mais aussi ses prodigieuses réussites, ses valeurs, ses vertus... L’avenir est là, enfin, dans l’appel impérieux des peuples à plus de justice, dans leur volonté de paix, dans leur soif, consciente ou inconsciente, d’une vie plus haute: celle que précisément l’Eglise du Christ peut et veut leur donner » (Saint Paul VI, Message aux Pères conciliaires, 8 décembre 1965).
Il en est de même pour nous. En nous penchant sur les documents du Concile Vatican II et en redécouvrant leur portée prophétique et leur pertinence, nous embrassons la riche tradition de la vie de l'Église et, simultanément, nous interrogeons le présent et renouvelons la joie d'aller à la rencontre du monde pour lui apporter l'Évangile du Royaume de Dieu, un royaume d'amour, de justice et de paix.
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[1] A. Luciani – Jean-Paul Ier, Notes sur le Concile, dans Opera omnia, vol. II, Vittorio Vénétie 1959-1962. Discours, écrits, articles, Padoue 1988, 451-453.
7 janvier 2026
Nous avons ouvert le cycle de catéchèse sur le Concile Vatican II. Aujourd'hui, nous commençons à approfondir la Constitution dogmatique Dei Verbum sur la Révélation divine. Il s'agit de l'un des documents les plus beaux et les plus importants du concile et, pour nous y introduire, il peut être utile de rappeler les paroles de Jésus : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15). C'est un point fondamental de la foi chrétienne, que Dei Verbum nous rappelle : Jésus-Christ transforme radicalement la relation de l'homme avec Dieu, qui sera désormais une relation d'amitié. C'est pourquoi l’unique condition de la nouvelle alliance est l'amour.
Saint Augustin, dans son commentaire sur ce passage du quatrième Évangile, insiste sur la perspective de la grâce, seule capable de nous rendre amis de Dieu dans son Fils (Commentaire sur l'Évangile de Jean, Homélie 86). En effet, une ancienne devise disait “Amicitia aut pares invenit, aut facit”, “l'amitié naît entre égaux, ou rend tels”. Nous, nous ne sommes pas égaux à Dieu, mais Dieu lui-même nous rend semblables à Lui dans son Fils.
C'est pourquoi, comme nous pouvons le voir dans toute l'Écriture, il y a dans l'Alliance un premier moment de distance, dans la mesure où le pacte entre Dieu et l'homme reste toujours asymétrique : Dieu est Dieu et nous sommes des créatures ; mais, avec la venue du Fils dans la chair humaine, l'Alliance s'ouvre à sa fin ultime : en Jésus, Dieu fait de nous ses enfants et nous appelle à devenir semblables à Lui dans notre fragile humanité. Notre ressemblance avec Dieu ne s'obtient donc pas par la transgression et le péché, comme le suggère le serpent à Ève (cf. Gn 3, 5), mais dans la relation avec le Fils fait homme.
Les paroles du Seigneur Jésus que nous avons rappelées – “je vous ai appelés amis” – sont reprises dans la Constitution Dei Verbum, qui affirme : « Par cette révélation, en effet, Dieu invisible (cf. Col 1, 15 ; 1Tm 1, 17), dans son grand amour, parle aux hommes comme à des amis (cf. Ex 33, 11 ; Jn 15, 14-15) et il s’entretient avec eux (cf. Bar 3, 38), pour les inviter et les admettre à la communion avec lui » (n° 2). Le Dieu de la Genèse conversait déjà avec les premiers parents, dialoguant avec eux (cf. Dei Verbum, 3) ; et lorsque ce dialogue est interrompu par le péché, le Créateur ne cesse de rechercher la rencontre avec ses créatures et d'établir à chaque fois une alliance avec elles. Dans la Révélation chrétienne, lorsque Dieu, pour venir à notre rencontre, s'incarne dans son Fils, le dialogue qui avait été interrompu est définitivement rétabli : l'Alliance est nouvelle et éternelle, rien ne peut nous séparer de son amour. La Révélation de Dieu a donc le caractère dialogique de l'amitié et, comme dans l'expérience de l'amitié humaine, elle ne supporte pas le mutisme, mais se nourrit de l'échange de paroles vraies.
La Constitution Dei Verbum nous le rappelle également : Dieu nous parle. Il est important de saisir la différence entre la parole et le bavardage : ce dernier s'arrête à la surface et ne réalise pas de communion entre les personnes, tandis que dans les relations authentiques, la parole ne sert pas seulement à échanger des informations et des nouvelles, mais à révéler qui nous sommes. La parole possède une dimension révélatrice qui crée une relation avec l'autre. Ainsi, en nous parlant, Dieu se révèle à nous comme un Allié qui nous invite à l’amitié avec Lui.
Dans cette perspective, la première attitude à cultiver est l'écoute, afin que la Parole divine puisse pénétrer nos esprits et nos cœurs ; en même temps, nous sommes appelés à parler avec Dieu, non pas pour lui communiquer ce qu'il sait déjà, mais pour nous révéler à nous-mêmes.
D'où la nécessité de la prière, dans laquelle nous sommes appelés à vivre et à cultiver l'amitié avec le Seigneur. Cela se réalise tout d'abord dans la prière liturgique et communautaire, où ce n'est pas nous qui décidons ce que nous voulons entendre de la Parole de Dieu, mais c'est Lui-même qui nous parle à travers l'Église ; cela se réalise également dans la prière personnelle, qui se déroule dans l'intimité du cœur et de l'esprit. Le temps consacré à la prière, à la méditation et à la réflexion ne peut manquer dans la journée et la semaine du chrétien. Ce n'est que lorsque nous parlons avec Dieu que nous pouvons aussi parler de Lui.
Notre expérience nous montre que les amitiés peuvent prendre fin à cause d'un geste spectaculaire de rupture, ou d'une série de négligences quotidiennes qui effritent la relation jusqu'à la perdre. Si Jésus nous appelle à être amis, essayons de ne pas laisser cet appel sans réponse. Accueillons-le, prenons soin de cette relation et nous découvrirons que c'est précisément l'amitié avec Dieu qui est notre salut.
14 janvier 2026
Nous poursuivons notre catéchèse sur la Constitution dogmatique Dei Verbum du Concile Vatican II, sur la Révélation divine. Nous avons vu que Dieu se révèle dans un dialogue d'alliance, dans lequel il s'adresse à nous comme à des amis. Il s'agit donc d'une connaissance relationnelle, qui ne communique pas seulement des idées, mais partage une histoire et appelle à la communion dans la réciprocité. L'accomplissement de cette révélation se réalise dans une rencontre historique et personnelle où Dieu lui-même se donne à nous, se rendant présent, et nous nous découvrons reconnus dans notre vérité la plus profonde. C'est ce qui s'est produit en Jésus-Christ. Le document dit que la profonde vérité que cette Révélation manifeste, sur Dieu et sur le salut de l’homme, resplendit pour nous dans le Christ, qui est à la fois le Médiateur et la plénitude de toute la Révélation (cf. DV, 2).
Jésus nous révèle le Père en nous impliquant dans sa propre relation avec Lui. Dans le Fils envoyé par Dieu le Père, « les hommes [...] peuvent se présenter au Père dans l'Esprit Saint et sont rendus participants de la nature divine » (ibid.). Nous parvenons donc à la pleine connaissance de Dieu en entrant dans la relation du Fils avec son Père, en vertu de l'action de l'Esprit. L'évangéliste Luc en témoigne par exemple lorsqu'il nous raconte la prière d’action de grâce du Seigneur : « À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : “Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler” » (Lc 10, 21-22).
Grâce à Jésus, nous connaissons Dieu comme nous sommes connus de Lui (cf. Ga 4, 9 ; 1Co 13, 13). En effet, en Christ, Dieu s'est communiqué à nous et, en même temps, il nous a révélé notre véritable identité de fils, créés à l'image du Verbe. Ce « Verbe éternel illumine tous les hommes » (DV, 4) en leur dévoilant leur vérité dans le regard du Père : « Ton Père, qui voit dans le secret, te récompensera » (Mt 6, 4.6.8), dit Jésus ; et il ajoute que « le Père connaît nos besoins » (cf. Mt 6, 32). Jésus-Christ est le lieu où nous reconnaissons la vérité de Dieu le Père tandis que nous nous découvrons connus de Lui comme des enfants dans le Fils, appelés au même destin de vie pleine. Saint Paul écrit : « Quand vint la plénitude des temps, Dieu envoya son Fils, […] afin que nous recevions l'adoption filiale. Et ce qui prouve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, qui crie : “Abba ! Père !” » (Ga 4, 4-6).
Enfin, Jésus-Christ est révélateur du Père par sa propre humanité. C'est précisément parce qu'il est le Verbe incarné qui habite parmi les hommes que Jésus nous révèle Dieu par sa propre véritable et intégrale humanité: « C'est pourquoi, dit le Concile, le voir, c’est voir le Père (cf. Jn14, 9) – qui, par toute sa présence et par la manifestation qu’il fait de lui-même par ses paroles et ses œuvres, par ses signes et ses miracles, et plus particulièrement par sa mort et sa résurrection glorieuse d’entre les morts, par l’envoi enfin de l’Esprit de vérité, achève en l’accomplissant la révélation » (DV, 4). Pour connaître Dieu dans le Christ, nous devons accueillir son humanité intégrale : la vérité de Dieu ne se révèle pas pleinement là où l'on enlève quelque chose à l'humain, tout comme l'intégrité de l'humanité de Jésus ne diminue pas la plénitude du don divin. C'est l'humanité intégrale de Jésus qui nous révèle la vérité du Père (cf. Jn 1, 18).
Ce ne sont pas seulement la mort et la résurrection de Jésus qui nous sauvent et nous rassemblent, mais sa personne même : le Seigneur qui s'incarne, naît, soigne, enseigne, souffre, meurt, ressuscite et reste parmi nous. Par conséquent, pour honorer la grandeur de l'Incarnation, il ne suffit pas de considérer Jésus comme le canal de transmission de vérités intellectuelles. Si Jésus a un corps réel, la communication de la vérité de Dieu se réalise dans ce corps, avec sa manière propre de percevoir et de ressentir la réalité, avec sa manière d'habiter le monde et de le traverser. Jésus lui-même nous invite à partager son regard sur la réalité : « Regardez les oiseaux du ciel, dit-il, ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas plus qu'eux ? » (Mt 6, 26).
Frères et sœurs, en suivant jusqu'au bout le chemin de Jésus, nous arrivons à la certitude que rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu : « Si Dieu est pour nous, écrit encore saint Paul, qui sera contre nous ? Il n'a pas épargné son propre Fils, [...] comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8, 31-32). Grâce à Jésus, le chrétien connaît Dieu le Père et s'abandonne à lui avec confiance.
21 janvier 2026
En poursuivant la lecture de la Constitution conciliaire Dei Verbum sur la Révélation divine, nous réfléchissons aujourd'hui sur le lien entre l'Écriture Sainte et la Tradition. Nous pouvons prendre comme toile de fond deux scènes évangéliques. Dans la première, qui se déroule au Cénacle, Jésus, dans son grand discours-testament adressé à ses disciples, affirme : « Je vous ai dit ces choses pendant que je suis encore avec vous. Mais le Paraclet, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. […] Quand il viendra, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière » (Jn 14, 25-26 ; 16, 13).
La deuxième scène nous conduit, quant à elle, sur les collines de Galilée. Jésus ressuscité se montre à ses disciples, qui sont surpris et dubitatifs, et leur donne une mission : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, […] leur enseignant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28, 19-20). Dans ces deux scènes, le lien étroit entre la parole prononcée par le Christ et sa diffusion au cours des siècles est évident.
C'est ce qu'affirme le Concile Vatican II en recourant à une image évocatrice : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture sont donc reliées et communiquent étroitement entre elles. Car toutes deux, jaillissant de la même source divine, ne forment pour ainsi dire qu’un tout et tendent à une même fin » (Dei Verbum, 9). La Tradition ecclésiale se ramifie tout au long de l'histoire à travers l'Église qui garde, interprète et incarne la Parole de Dieu. Catéchisme de l'Église Catholique (cf. n° 113) renvoie à cet égard à une devise des Pères de l'Église : « La Sainte Écriture est écrite dans le cœur de l'Église avant d'être écrite sur des supports matériels », c'est-à-dire dans le texte sacré.
Dans le sillage des paroles du Christ que nous avons citées plus haut, le Concile affirme que « la Tradition d'origine apostolique progresse dans l'Église avec l'aide du Saint-Esprit » (DV, 8). Cela se produit grâce à la pleine compréhension par « la réflexion et l'étude des croyants », à travers l'expérience qui naît d'une « intelligence plus profonde des choses spirituelles » et, surtout, grâce à la prédication des successeurs des apôtres qui ont reçu « un charisme certain de vérité ». En résumé, « l'Église, dans sa doctrine, sa vie et son culte, perpétue et transmet à toutes les générations tout ce qu'elle croit » (ibid.).
À ce propos, célèbre est l'expression de saint Grégoire le Grand : « La Sainte Écriture grandit avec ceux qui la lisent » [1]. Et saint Augustin avait déjà affirmé qu'« il n'y a qu'un seul discours de Dieu qui se développe dans toute l'Écriture et qu'il n'y a qu'un seul Verbe qui résonne dans la bouche de tant de saints » [2]. La Parole de Dieu n'est donc pas figée, mais elle est une réalité vivante et organique qui se développe et croit au sein de la Tradition. Grâce à l'Esprit Saint, celle-ci la comprend dans toute la richesse de sa vérité et l'incarne dans les coordonnées changeantes de l'histoire.
À cet égard, ce que proposait le saint docteur de l'Église John Henry Newman dans son ouvrage intitulé Le développement de la doctrine chrétienne est suggestif. Il affirmait que le christianisme, tant comme expérience communautaire que comme doctrine, est une réalité dynamique, comme l'a indiqué Jésus lui-même dans les paraboles de la graine (cf. Mc 4, 26-29) : une réalité vivante qui se développe grâce à une force vitale intérieure. [3]
L'apôtre Paul exhorte à plusieurs reprises son disciple et collaborateur Timothée : « O Timothée, garde le dépôt qui t'a été confié » (1Tm 6, 20 ; cf. 2 Tm 1, 12.14). La constitution dogmatique Dei Verbum fait écho à ce texte paulinien lorsqu'elle dit : « La sainte Tradition et la Sainte Écriture constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église », interprété par le « Magistère vivant de l’Église dont l’autorité s’exerce au nom de Jésus Christ » (n° 10). Le terme « dépôt » est, dans son sens originel, de nature juridique et impose au dépositaire le devoir de conserver le contenu, qui dans ce cas est la foi, et de le transmettre intact.
Le « dépôt » de la Parole de Dieu est encore aujourd'hui entre les mains de l'Église et nous tous, dans les différents ministères ecclésiaux, devons continuer à le préserver dans son intégrité, comme une étoile polaire pour notre cheminement dans la complexité de l'histoire et de l'existence.
En conclusion, très chers amis, écoutons encore la Dei Verbum, qui exalte l'interdépendance entre la Sainte Écriture et la Tradition : elles sont - affirme-t-il - si étroitement liées et unies entre elles qu'elles ne peuvent subsister indépendamment l'une de l'autre, et ensemble, selon leur propre manière, sous l'action d'un seul Esprit Saint, elles contribuent efficacement au salut des âmes (cf. n° 10).
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[1] Homélie sur Ezéchiel I, VII, 8 : PL 76, 843D.
[2] Commentaires sur les Psaumes 103, IV, 1
[3] Cfr. J.H. Newman, Lo sviluppo della dottrina cristiana, Milano 2003, p. 104.
28 janvier 2026
La Constitution conciliaire Dei Verbum, sur laquelle nous réfléchissons ces dernières semaines, indique dans la Sainte Écriture, lue dans la Tradition vivante de l'Église, un espace privilégié de rencontre où Dieu continue de parler aux hommes et aux femmes de tous les temps, afin qu'en l'écoutant, ils puissent le connaître et l'aimer. Les textes bibliques, cependant, n'ont pas été écrits dans un langage céleste ou surhumain. Comme nous l'enseigne également la réalité quotidienne, en effet, deux personnes qui parlent des langues différentes ne se comprennent pas, ne peuvent entrer en dialogue, ne parviennent pas à établir une relation. Dans certains cas, se faire comprendre de l'autre est un premier acte d'amour. C'est pourquoi Dieu choisit de parler en se servant des langages humains et, ainsi, différents auteurs, inspirés par l’Esprit Saint, ont rédigé les textes de la Sainte Écriture. Comme le rappelle le document conciliaire, « les paroles de Dieu, passant par les langues humaines, sont devenues semblables au langage des hommes, de même que jadis le Verbe du Père éternel, ayant pris l’infirmité de notre chair, est devenu semblable aux hommes ». (DV, 13). Ainsi, non seulement dans son contenu, mais aussi dans son langage, l'Écriture révèle la miséricordieuse condescendance de Dieu envers les hommes et son désir de se faire proche d'eux.
Au cours de l'histoire de l'Église, on a étudié la relation entre l'Auteur divin et les auteurs humains des textes sacrés. Pendant plusieurs siècles, de nombreux théologiens se sont attachés à défendre l'inspiration divine de la Sainte Écriture, considérant presque les auteurs humains comme de simples instruments passifs de l’Esprit Saint. Plus récemment, la réflexion a réévalué la contribution des hagiographes à la rédaction des textes sacrés, au point que le document conciliaire parle de Dieu comme « auteur » principal de la Sainte Écriture, mais appelle également les hagiographes « vrais auteurs » des livres sacrés (cf. DV 11). Comme le faisait remarquer un exégète perspicace du siècle dernier, « rabaisser l'œuvre humaine à celle d'un simple copiste n'est pas glorifier l'œuvre divine » [1]. Dieu ne mortifie jamais l'être humain et ses potentialités !
Si donc l'Écriture est la parole de Dieu exprimée en termes humains, toute approche qui néglige ou nie l'une de ces deux dimensions est limitée. Il s'ensuit qu'une interprétation correcte des textes sacrés ne peut faire abstraction du contexte historique dans lequel ils ont mûri et des formes littéraires utilisées ; au contraire, renoncer à l'étude des langages humains dont Dieu s'est servi risque de déboucher sur des lectures fondamentalistes ou spiritualistes de l'Écriture, qui trahissent son sens. Ce principe s'applique également à l'annonce de la Parole de Dieu : si elle perd le contact avec la réalité, avec les espoirs et les souffrances des hommes, si elle utilise un langage incompréhensible, peu communicatif ou anachronique, elle s'avère inefficace. À chaque époque, l'Église est appelée à proposer à nouveau la Parole de Dieu dans un langage capable de s'incarner dans l'histoire et de toucher les cœurs. Comme le rappelait le pape François, « chaque fois que nous cherchons à revenir à la source pour récupérer la fraîcheur originale de l’Évangile, surgissent de nouvelles voies, des méthodes créatives, d’autres formes d’expression, des signes plus éloquents, des paroles chargées de sens renouvelé pour le monde d’aujourd’hui ». [2]
Tout aussi réductrice, d'autre part, est une lecture de l'Écriture qui néglige son origine divine et finit par la considérer comme un simple enseignement humain, comme quelque chose à étudier simplement d'un point de vue technique ou comme « un texte seulement du passé » [3]. Au contraire, surtout lorsqu'elle est proclamée dans le contexte de la liturgie, l'Écriture entend parler aux croyants d'aujourd'hui, toucher leur vie présente avec ses problématiques, éclairer les pas à faire et les décisions à prendre. Cela n'est possible que lorsque le croyant lit et interprète les textes sacrés sous la conduite du même Esprit qui les a inspirés (cf. DV, 12).
En ce sens, l'Écriture sert à nourrir la vie et la charité des croyants, comme le rappelle saint Augustin : « Quiconque croit avoir compris les Écritures divines [...], sans toutefois réussir, avec ce qu'il a compris, à ériger l'édifice de ce double amour - de Dieu et du prochain-, ne les a pas encore comprises». [4] L'origine divine de l'Écriture rappelle également que l'Évangile, confié au témoignage des baptisés, tout en embrassant toutes les dimensions de la vie et de la réalité, les transcende : il ne peut être réduit à un simple message philanthropique ou social, mais c’est l'annonce joyeuse de la vie pleine et éternelle que Dieu nous a donnée en Jésus.
Chers frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur qui, dans sa bonté, ne laisse pas notre vie manquer de la nourriture essentielle de sa Parole, et prions pour que nos paroles, et plus encore notre vie, n'obscurcissent pas l'amour de Dieu qui y est raconté.
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[1] L. Alonso Schökel, La parola ispirata. La Bibbia alla luce della scienza del linguaggio, Brescia 1987, 70.
[2] Pape François, Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), 11.
[3] Benoît XVI, Exhort. ap. post-sin. Verbum Domini (30 septembre 2010), 35.
[4] Saint Augustin , La doctrine chrétienne 1, 36, 40.
4 février 2026
Dans la catéchèse d'aujourd'hui, nous nous arrêtons sur le lien profond et vital qui existe entre la Parole de Dieu et l'Église, lien exprimé par la Constitution conciliaire Dei Verbum, au chapitre six. L'Église est le lieu propre de l'Écriture Sainte. Sous l'inspiration du Saint-Esprit, la Bible est née du peuple de Dieu et est destinée au peuple de Dieu. Elle a pour ainsi dire son habitat dans la communauté chrétienne : c'est en effet dans la vie et dans la foi de l'Église qu'elle trouve l'espace où révéler sa signification et manifester sa force.
Vatican II rappelle que « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle le fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. » De plus, « l’Église eut et elle a toujours pour règle suprême de sa foi les Écritures, conjointement avec la sainte Tradition » (Dei Verbum, 21).
L'Église ne cesse jamais de réfléchir à la valeur des Saintes Écritures. Après le Concile, un moment très important à cet égard a été l'Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème « La Parole de Dieu dans la vie et la mission de l'Église », en octobre 2008. Le Pape Benoît XVI en a récolté les fruits dans l'exhortation post-synodale Verbum Domini (30 septembre 2010), où il affirme : « Le lien intrinsèque entre la Parole et la foi met vraiment en évidence que l’authentique herméneutique de la Bible ne peut se situer que dans la foi ecclésiale, qui a dans le ‘oui’ de Marie, son paradigme. [...] Le lieu originaire de l’interprétation scripturaire est la vie de l’Église. » (n°29).
Dans la communauté ecclésiale, l'Écriture trouve donc le cadre dans lequel elle peut accomplir sa tâche particulière et atteindre son but : faire connaître le Christ et ouvrir au dialogue avec Dieu. « L'ignorance de l'Écriture est en effet ignorance du Christ ». [1] Cette célèbre expression de saint Jérôme nous rappelle le but ultime de la lecture et de la méditation de l'Écriture : connaître le Christ et, à travers Lui, entrer en relation avec Dieu, relation qui peut être comprise comme une conversation, un dialogue. Et la Constitution Dei Verbum nous a présenté la Révélation précisément comme un dialogue, dans lequel Dieu parle aux hommes comme à des amis (cf. DV, 2). Cela se produit lorsque nous lisons la Bible dans une attitude intérieure de prière : alors Dieu vient à notre rencontre et entre en conversation avec nous.
La Sainte Écriture, confiée à l'Église, gardée et expliquée par elle, joue un rôle actif : en effet, par son efficacité et sa puissance, elle soutient et fortifie la communauté chrétienne. Tous les fidèles sont appelés à s'abreuver à cette source, tout d'abord dans la célébration de l'Eucharistie et des autres Sacrements. L'amour des Saintes Écritures et la familiarité avec elles doivent guider ceux qui exercent le ministère de la Parole : évêques, prêtres, diacres, catéchistes. Le travail des exégètes et de ceux qui pratiquent les sciences bibliques est précieux ; et la place de l'Écriture est centrale pour la théologie, qui trouve dans la Parole de Dieu son fondement et son âme.
Ce que l'Église désire ardemment, c'est que la Parole de Dieu puisse atteindre chacun de ses membres et en nourrir le cheminement de foi. Mais la Parole de Dieu pousse également l'Église au-delà d'elle-même, elle l'ouvre continuellement à la mission envers tous. En effet, nous vivons entourés de tant de paroles, mais combien d'entre elles sont vides ! Parfois, nous entendons aussi des paroles sages, mais qui ne touchent pas notre destin ultime. La Parole de Dieu, en revanche, répond à notre soif de sens, de vérité sur notre vie. Elle est la seule Parole toujours nouvelle : en nous révélant le mystère de Dieu, elle est inépuisable, elle ne cesse jamais d'offrir ses richesses.
Très chers amis, en vivant dans l'Église, on apprend que l'Écriture Sainte est entièrement relative à Jésus-Christ, et on expérimente que c'est là la raison profonde de sa valeur et de sa puissance. Le Christ est la Parole vivante du Père, le Verbe de Dieu fait chair. Toutes les Écritures annoncent sa Personne et sa présence salvatrice, pour chacun de nous et pour l'humanité tout entière. Ouvrons donc notre cœur et notre esprit pour accueillir ce don, à l'école de Marie, Mère de l'Église.
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[1] S. Jérôme, Commentaire sur Isaïe, Prol. : PL 24, 17 B.
11 février 2026
Le Concile Vatican II, dont nous étudions actuellement les documents dans nos catéchèses, a tout d'abord cherché à expliquer l'origine de l'Église lorsqu'il a voulu la décrire. Pour ce faire, dans la Constitution dogmatique Lumen Gentium, approuvée le 21 novembre 1964, il a puisé dans les Lettres de saint Paul le terme « mystère ». En choisissant ce mot, il ne voulait pas dire que l'Église est quelque chose d'obscur ou d'incompréhensible, comme cela arrive couramment lorsqu'on entend prononcer le mot « mystère ». C'est exactement le contraire : en effet, lorsque saint Paul utilise ce mot, surtout dans la Lettre aux Éphésiens, il veut désigner une réalité qui était auparavant cachée et qui a maintenant été révélée.
Il s'agit du dessein de Dieu qui a un but : unifier toutes les créatures grâce à l'action réconciliatrice de Jésus-Christ, action qui s'est accomplie dans sa mort sur la croix. Cela s'expérimente tout d'abord dans l'assemblée réunie pour la célébration liturgique : là, les différences sont relativisées, ce qui compte, c'est d'être ensemble, parce qu’attirés par l'amour du Christ, qui a abattu le mur de séparation entre les personnes et les groupes sociaux (cf. Ep 2, 14). Pour saint Paul, le mystère est la manifestation de ce que Dieu a voulu réaliser pour l'humanité tout entière et se fait connaître dans des expériences locales, qui s'étendent progressivement jusqu'à inclure tous les êtres humains et même le cosmos.
La condition humaine est une fragmentation que les êtres humains ne sont pas en mesure de réparer, bien que le désir d'unité habite leur cœur. C'est dans cette condition que s'inscrit l'action de Jésus-Christ qui, par l'Esprit Saint, vainc les forces de la division et le Diviseur lui-même. Se retrouver ensemble pour célébrer, après avoir cru à l'annonce de l'Évangile, est vécu comme une attraction exercée par la croix du Christ, qui est la manifestation suprême de l'amour de Dieu ; c'est se sentir convoqués ensemble par Dieu : c'est pourquoi on utilise le terme ekklesía, c'est-à-dire l'assemblée des personnes qui reconnaissent être convoquées. Il y a donc une certaine coïncidence entre ce mystère et l'Église : l'Église est le mystère rendu perceptible.
Cette convocation, précisément parce qu'elle est mise en œuvre par Dieu, ne peut toutefois se limiter à un groupe de personnes, mais est destinée à devenir l'expérience de tous les êtres humains. C'est pourquoi le Concile Vatican II, au début de la Constitution Lumen Gentium, affirme ainsi : « L'Église est, dans le Christ, en quelque sorte le sacrement, c'est-à-dire le signe et l'instrument de l'union intime avec Dieu et de l'unité de tout le genre humain » (n° 1). L'utilisation du terme “sacrement” et l'explication qui en découle visent à indiquer que l'Église est, dans l'histoire de l'humanité, l'expression de ce que Dieu veut réaliser ; ainsi, en la regardant, on saisit dans une certaine mesure le dessein de Dieu, le mystère : en ce sens, l'Église est un signe. En outre, au terme “sacrement” s'ajoute celui d'“instrument”, précisément pour indiquer que l'Église est un signe actif. En effet, lorsque Dieu agit dans l'histoire, il implique dans son activité les personnes qui sont les destinataires de son action. C'est par l'Église que Dieu atteint son objectif d'unir les personnes à lui et de les réunir entre elles.
L'union avec Dieu trouve son reflet dans l'union des personnes humaines. Telle est l'expérience du salut. Ce n'est pas un hasard si, dans la Constitution Lumen Gentium, au chapitre VII consacré à la nature eschatologique de l'Église en pèlerinage, au n° 48, on utilise à nouveau la description de l'Église comme sacrement, avec la précision “de salut”: « En effet, dit le Concile, le Christ, élevé de terre a tiré à lui tous les hommes (cf. Jn 12, 32 grec) ; ressuscité des morts (cf. Rm 6, 9), il a envoyé sur ses Apôtres son Esprit de vie et par lui a constitué son Corps, qui est l’Église, comme le sacrement universel du salut ; assis à la droite du Père, il exerce continuellement son action dans le monde pour conduire les hommes vers l’Église, se les unir par elle plus étroitement et leur faire part de sa vie glorieuse en leur donnant pour nourriture son propre Corps et son Sang».
Ce texte permet de comprendre le rapport entre l'action unificatrice de la Pâque de Jésus, qui est mystère de passion, mort et résurrection, et l'identité de l'Église. En même temps, il nous rend reconnaissants d'appartenir à l'Église, corps du Christ ressuscité et unique peuple de Dieu en pèlerinage dans l'histoire, qui vit comme une présence sanctifiante au milieu d'une humanité encore divisée, signe efficace d'unité et de réconciliation entre les peuples.
18 février 2026
Aujourd'hui, nous poursuivons notre approfondissement de la Constitution conciliaire Lumen gentium, Constitution dogmatique sur l'Église.
Dans le premier chapitre, où l'on cherche avant tout à répondre à la question sur ce qu'est l'Église, celle-ci est décrite comme « une réalité complexe » (n° 8). Demandons-nous maintenant : en quoi consiste cette complexité ? Quelqu’un pourrait répondre que l'Église est complexe en ce sens qu'elle est “compliquée”, et donc difficile à expliquer ; un autre pourrait penser que sa complexité découle du fait qu'elle est une institution chargée de deux mille ans d'histoire, avec des caractéristiques différentes de celles de tout autre groupe social ou religieux. En latin, cependant, le mot “complexe” désigne plutôt l'union ordonnée d'aspects ou de dimensions différents à l’intérieur d'une même réalité. C'est pourquoi Lumen gentium peut affirmer que l'Église est un organisme bien structuré, dans lequel coexistent les dimensions humaine et divine, sans séparation ni confusion.
La première dimension est immédiatement perceptible, car l'Église est une communauté d'hommes et de femmes qui partagent la joie et les difficultés d'être chrétiens, avec leurs qualités et leurs défauts, annonçant l'Évangile et se faisant signe de la présence du Christ qui nous accompagne sur le chemin de la vie. Pourtant, cet aspect – qui se manifeste également dans l'organisation institutionnelle – ne suffit pas à décrire la véritable nature de l'Église, car celle-ci possède également une dimension divine. Cette dernière ne consiste pas en une perfection idéale ou en une supériorité spirituelle de ses membres, mais dans le fait que l'Église est engendrée par le dessein d'amour de Dieu sur l'humanité, réalisé en Christ. L'Église est donc à la fois communauté terrestre et corps mystique du Christ, assemblée visible et mystère spirituel, réalité présente dans l'histoire et peuple en pèlerinage vers le ciel (LG, 8 ; CCC, 771).
La dimension humaine et la dimension divine s'intègrent harmonieusement, sans que l'une ne se superpose à l'autre ; ainsi, l'Église vit dans ce paradoxe : elle est une réalité à la fois humaine et divine, qui accueille l'homme pécheur et le conduit à Dieu.
Pour éclairer cette condition ecclésiale, Lumen gentium renvoie à la vie du Christ. En effet, qui rencontrait Jésus le long des routes de Palestine faisait l'expérience de son humanité, de ses yeux, de ses mains, du son de sa voix. Qui décidait de le suivre était poussé précisément par l'expérience de son regard accueillant, par le toucher de ses mains qui étaient une bénédiction, par ses paroles de libération et de guérison. Mais en même temps, en suivant cet Homme, les disciples s'ouvraient à la rencontre avec Dieu. En effet, la chair du Christ, son visage, ses gestes et ses paroles manifestent de manière visible le Dieu invisible.
À la lumière de la réalité de Jésus, nous pouvons maintenant revenir à l'Église : lorsque nous la regardons de près, nous y découvrons une dimension humaine faite de personnes concrètes, qui parfois manifestent la beauté de l'Évangile et d'autres fois peinent et se trompent comme tout le monde. Cependant, c'est précisément à travers ses membres et ses aspects terrestres limités que se manifestent la présence du Christ et son action salvifique. Comme le disait Benoît XVI, il n'y a pas d'opposition entre l'Évangile et l'institution, au contraire, les structures de l'Église servent précisément à « la réalisation et à la concrétisation de l'Évangile à notre époque » (Discours aux évêques de Suisse, 9 novembre 2006). Il n'existe pas d'Église idéale et pure, séparée de la terre, mais seulement l'unique Église du Christ, incarnée dans l'histoire.
C'est en cela que réside la sainteté de l'Église : dans le fait que le Christ l'habite et continue à se donner à travers la petitesse et la fragilité de ses membres. En contemplant ce miracle perpétuel qui s'accomplit en elle, nous comprenons la “méthode de Dieu” : il se rend visible à travers la faiblesse des créatures, continuant de se manifester et d’agir. C'est pourquoi le pape François, dans Evangelii gaudium, exhorte chacun à apprendre « à ôter les sandales devant la terre sacrée de l’autre (cf. Ex 3, 5) » (n° 169). Cela nous rend encore capables aujourd'hui d'édifier l'Église : non seulement en organisant ses formes visibles, mais en construisant cet édifice spirituel qu'est le corps du Christ, à travers la communion et la charité entre nous.
La charité, en effet, engendre constamment la présence du Ressuscité. « Veuille le ciel, disait saint Augustin, que tous gardent à l'esprit seulement la charité : elle seule, en effet, vainc toutes choses, et sans elle, toutes les choses ne valent rien ; partout où elle se trouve, elle attire tout à elle » (Serm. 354,6,6).
4 mars 2026
Poursuivant notre réflexion sur la Constitution dogmatique Lumen gentium (LG), nous nous arrêtons aujourd’hui sur le deuxième chapitre, consacré au Peuple de Dieu.
Dieu, qui a créé le monde et l’humanité et qui désire sauver chaque homme, accomplit son œuvre de salut dans l’histoire en choisissant un peuple concret et en habitant parmi lui. Pour cela, il appelle Abraham et lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et le sable de la mer (cf. Gn 22, 17-18). Avec les enfants d’Abraham, après les avoir libérés de la condition d’esclaves, Dieu établit une alliance, les accompagne, prend soin d’eux et les rassemble chaque fois qu’ils s’égarent. Ainsi, l’identité de ce peuple est donnée par l’action de Dieu et par la foi en lui. Il est appelé à devenir lumière pour les autres nations, comme un phare qui attirera tous les peuples, toute l’humanité (cf. Is 2, 1-5).
Le Concile affirme que «tout cela cependant n’était que pour préparer et figurer l’Alliance Nouvelle et parfaite qui serait conclue dans le Christ, et la révélation plus totale qui serait transmise par le Verbe de Dieu lui-même, fait chair» ( Lumen gentium, n. 9). C’est en effet le Christ qui, par le don de son Corps et de son Sang, rassemble définitivement ce peuple en lui. Il est désormais composé de personnes de toutes les nations; il est unifié par la foi en Lui, par l’adhésion à Lui, par sa vie animée par l’Esprit du Ressuscité. Ainsi est l’Église: le peuple de Dieu qui tire son existence du corps du Christ [1] et qui est lui-même le corps du Christ [2]; non pas un peuple comme un autre, mais le peuple de Dieu, convoqué par Lui et composé d’hommes et de femmes de tous les peuples de la terre. Son principe unificateur n’est ni une langue, ni une culture, ni une ethnie, mais la foi en Christ: l’Église est donc — selon une magnifique expression du Concile — «l’ensemble de ceux qui regardent avec la foi vers Jésus» ( Lumen gentium, n. 9).
Il s’agit d’un peuple messianique, précisément parce que son chef, le Christ, est le Messie. Ceux qui en font partie ne se vantent ni de mérites, ni de titres, mais seulement du don d’être, en Christ et par Lui, fils et filles de Dieu. Avant toute tâche ou fonction, ce qui importe donc véritablement dans l’Église, est d’être greffés sur le Christ, d’être, par grâce, enfants de Dieu. C’est aussi le seul titre honorifique que nous devrions rechercher en tant que chrétiens. Nous sommes dans l’Église pour recevoir sans cesse la vie du Père et pour vivre comme ses enfants et frères entre nous. Par conséquent, la loi qui anime les relations dans l’Église est l’amour, tel que nous le recevons et l’expérimentons en Jésus; et son but est le Royaume de Dieu, vers lequel elle chemine avec toute l’humanité.
Unifiée dans le Christ, Seigneur et Sauveur de tout homme et de toute femme, l’Église ne peut jamais se replier sur elle-même, mais elle est ouverte à tous et est pour tous. Si les croyants en Christ y appartiennent, le Concile nous rappelle que «à faire partie du Peuple de Dieu, tous les hommes sont appelés. C’est pourquoi ce peuple, demeurant uni et unique, est destiné à se dilater aux dimensions de l’univers entier et à toute la suite des siècles pour que s’accomplisse ce que s’est proposé la volonté de Dieu créant à l’origine la nature humaine dans l’unité, et décidant de rassembler enfin dans l’unité ses fils dispersés» (LG, n. 13). Même ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile sont donc, d’une certaine manière, orientés vers le Peuple de Dieu, et l’Église, coopérant à la mission du Christ, est appelée à diffuser l’Évangile partout et à tous (cf. LG, n. 17), afin que chacun puisse entrer en contact avec le Christ. Cela signifie que dans l’Église, il y a et il doit y avoir une place pour tous, et que chaque chrétien est appelé à annoncer l’Évangile et à témoigner dans tout milieu où il vit et œuvre. C’est ainsi que ce peuple manifeste sa catholicité, accueillant les richesses et les ressources des différentes cultures et, en même temps, leur offrant la nouveauté de l’Évangile pour les purifier et les élever (cf. LG, n. 13).
En ce sens, l’Église est une mais inclut tout le monde. Un grand théologien l’a décrite ainsi: «Unique Arche du Salut, elle doit accueillir dans sa vaste nef toute la diversité humaine. Unique Salle du Banquet, la nourriture qu’elle distribue provient de toute la création. La robe sans couture du Christ est aussi — et c’est une seule et même chose — la robe multicolore de Joseph» [3].
C’est un grand signe d’espérance — surtout à notre époque, marquée par tant de conflits et de guerres — de savoir que l’Église est un peuple où des femmes et des hommes de nationalités, de langues et de cultures différentes coexistent en vertu de la foi: c’est un signe inscrit au cœur même de l’humanité, rappel et prophétie de cette unité et de cette paix auxquelles Dieu le Père appelle tous ses enfants.
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[1] Cf. J. Ratzinger, Le nouveau peuple de Dieu.
[2] Cf. Y. M.-J. Congar, Un peuple messianique. L’Eglise, sacrement du salut.
[3] Cf. H. de Lubac, Cattolicismo. Aspetti sociali del dogma, Milano 1992, 222.
11 mars 2026
Aujourd’hui, je voudrais m’attarder à nouveau sur le second chapitre de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG), consacré à l’Église comme peuple de Dieu.
Le peuple messianique (LG, 9) reçoit du Christ la participation à l’œuvre sacerdotale, prophétique et royale où s’accomplit sa mission salvifique. Les Pères conciliaires enseignent que le Seigneur Jésus a institué, par la nouvelle et éternelle Alliance, un royaume de prêtres, en constituant ses disciples en un « sacerdoce royal » (1 P 2, 9 ; cf. 1 P 2, 5 ; Ap 1, 6). Ce sacerdoce commun des fidèles est donné par le Baptême, qui nous rend capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité et de « professer devant les hommes la foi que par l’Église ils ont reçue de Dieu » (LG, 11). De plus, par le sacrement de la Confirmation, tous les baptisés « sont liés plus parfaitement à l’Église, ils sont enrichis d’une force spéciale de l’Esprit Saint et ainsi plus strictement obligés tout à la fois à répandre et défendre la foi par la parole et par l’action en vrais témoins du Christ » (ibid.). Cette consécration est à la base de la mission commune qui unit les ministres ordonnés et les fidèles laïcs.
À ce sujet, le pape François faisait remarquer : « Regarder le peuple de Dieu signifie rappeler que nous faisons tous notre entrée dans l’Église en tant que laïcs. Le premier Sacrement, celui qui scelle pour toujours notre identité et dont nous devrions toujours être fiers, est le Baptême. À travers lui et avec l’onction de l’Esprit Saint, (les fidèles) « sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint » (Lumen gentium, n. 10). Notre consécration première et fondamentale prend ses racines dans notre baptême» (Lettre au Président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine, 19 mars 2016).
L’exercice du sacerdoce royal se réalise de multiples façons, toutes orientées vers notre sanctification, avant tout par la participation à l’offrande de l’Eucharistie. Par la prière, l’ascèse et la charité agissante, nous témoignons ainsi d’une vie renouvelée par la grâce de Dieu (cf. LG, 10). Comme le résume le Concile, « le caractère sacré et la structure organique de la communauté sacerdotale se réalisent par les sacrements et les vertus » (LG, 11).
Les Pères conciliaires enseignent ensuite que le peuple saint de Dieu participe également à la mission prophétique du Christ (cf. LG, 12). C’est dans ce contexte qu’ils introduisent le thème important du sens de la foi et du consensus des fidèles. La Commission Doctrinale du Concile précisait que ce sensus fidei « est comme une faculté de toute l’Église, grâce à laquelle elle reconnaît dans sa foi la révélation transmise, en distinguant le vrai du faux dans les questions de foi, et en même temps, elle y pénètre plus profondément et l’applique plus pleinement dans la vie » (cf. Acta Synodalia, III/1, 199). Le sens de la foi appartient donc aux fidèles non pas à titre individuel, mais en tant que membres du peuple de Dieu dans son ensemble.
Lumen gentium met l’accent sur ce dernier aspect et le relie à l’infaillibilité de l’Église, à laquelle est liée, en la servant, celle du Souverain Pontife. La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint-Esprit (cf. 1 Jn 2, 20.27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste moyennant le sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs, elle apporte aux vérités concernant la foi et les mœurs un consentement universel (cf. LG, 12). L’Église, donc, en tant que communion des fidèles qui inclut évidemment les pasteurs, ne peut se tromper dans la foi : l’organe de cette propriété, fondé sur l’onction du Saint-Esprit, est le sens surnaturel de la foi de tout le peuple de Dieu, qui se manifeste dans le consentement des fidèles. De cette unité, que le Magistère ecclésial préserve, il découle que chaque baptisé est un sujet actif de l’évangélisation, appelé à rendre un témoignage cohérent du Christ selon le don prophétique que le Seigneur insuffle à toute son Église.
L'Esprit Saint, qui nous vient du Christ Ressuscité, dispense en effet « parmi les fidèles de tous ordres les grâces spéciales qui rendent apte et disponible pour assumer les diverses charges et offices utiles au renouvellement et au développement de l’Église » (LG, 12). La vie consacrée, qui ne cesse de germer et de fleurir sous l’action de la grâce, offre une manifestation particulière de cette vitalité charismatique. Les formes d’association ecclésiales sont elles aussi un exemple lumineux de la variété et de la fécondité des fruits spirituels pour l’édification du Peuple de Dieu.
Très chers, réveillons en nous la conscience et la gratitude d’avoir reçu le don de faire partie du Peuple de Dieu ; ainsi que la responsabilité que cela implique.
18 mars 2026
Nous poursuivons notre catéchèse sur les documents du Concile Vatican II en commentant la Constitution dogmatique Lumen gentium sur l’Église (LG). Après l’avoir présentée comme peuple de Dieu, nous examinons aujourd’hui sa structure hiérarchique.
L’Église catholique trouve son fondement dans les Apôtres, voulus par le Christ comme colonnes vivantes de son Corps mystique, et possède une dimension hiérarchique qui travaille au service de l’unité, de la mission et de la sanctification de tous ses membres. Cet Ordre sacré est fondé de manière permanente sur les Apôtres (cf. Ep 2, 20 ; Ap 21,14), en tant que témoins accrédités de la résurrection de Jésus (cf. Ac 1,22 ; 1 Co 15,7) et envoyés par le Seigneur lui-même en mission dans le monde (cf. Mc 16,15; Mt 28,19). Puisque les Apôtres sont appelés à garder fidèlement l’enseignement salvifique du Maître (cf. 2Tm 1, 13-14), ils transmettent leur ministère à des hommes qui, jusqu’au retour du Christ, continuent à sanctifier, guider et instruire l’Église « grâce à leurs successeurs dans la mission pastorale » (CEC, n° 857).
Cette succession apostolique, fondée sur l’Évangile et la Tradition, est approfondie au chapitre III de Lumen gentium, intitulé « La constitution hiérarchique de l’Église et en particulier de l’épiscopat ». Le Concile enseigne que la structure hiérarchique n’est pas une construction humaine, fonctionnelle à l’organisation interne de l’Église en tant que corps social (cf. LG, 8), mais une institution divine visant à perpétuer la mission confiée par le Christ aux Apôtres jusqu’à la fin des temps.
Le fait que ce thème soit abordé au chapitre III, après que les deux premiers ont contemplé l’essence proprement dite de l’Église (cf. Acta Synodalia III/1, 209-210), n’implique pas que la constitution hiérarchique soit un élément postérieur au peuple de Dieu : comme le note le décret Ad gentes, « les Apôtres furent simultanément la semence du nouvel Israël et l’origine de la hiérarchie sacrée » (n° 5), en tant que communauté des rachetés par la Pâque du Christ, établie comme moyen de salut pour le monde.
Pour saisir l’intention du Concile, il convient de lire attentivement le titre du chapitre III de Lumen gentium, qui expose la structure fondamentale de l’Église, reçue de Dieu le Père par l’intermédiaire du Fils et parvenue à son accomplissement par l’effusion de l’Esprit-Saint. Les Pères conciliaires n’ont pas voulu présenter les éléments institutionnels de l’Église, comme pourrait le laisser entendre le substantif “constitution” compris au sens moderne. Le document se concentre plutôt sur le « sacerdoce ministériel ou hiérarchique », qui diffère « essentiellement et non seulement de degré » du sacerdoce commun des fidèles, en rappelant que ceux-ci sont « ordonnés l’un à l’autre, l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ » (LG, 10). Le Concile traite donc du ministère qui est transmis à des hommes investis de la sacra potestas (cf. LG, 18) du pouvoir sacré pour le service dans l’Église : il s’attarde en particulier sur l’épiscopat (LG, 18-27), puis sur le presbytérat (LG, 28) et sur le diaconat (LG, 29) en tant que degrés de l’unique sacrement de l’Ordre.
Par l’adjectif “hiérarchique ”, le Concile entend donc désigner l’origine sacrée du ministère apostolique dans l’action de Jésus, le Bon Pasteur, ainsi que ses relations internes. Les évêques, en premier lieu, et à travers eux les prêtres et les diacres, ont reçu des tâches (en latin munera) qui les conduisent au service de « tous ceux qui appartiennent au Peuple de Dieu », afin qu’ils « tendent dans leur effort commun, libre et ordonné, vers une même fin et parviennent au salut » (LG, 18).
Lumen gentium rappelle à plusieurs reprises et de manière efficace le caractère collégial et communionnel de cette mission apostolique, en réaffirmant que cette « charge, confiée par le Seigneur aux pasteurs de son peuple, est un véritable service : dans la Sainte Écriture, il est appelé expressément “diakonia”, c’est-à-dire ministère » (LG, 24). On comprend alors pourquoi Saint Paul VI a présenté la hiérarchie comme une réalité « née de la charité du Christ, pour accomplir, diffuser et garantir la transmission intacte et féconde du trésor de la foi, des exemples, des préceptes, des charismes, laissé par le Christ à son Église » (Alloc. 14 sept. 1964, in Acta Synodalia III/1, 147).
Chères sœurs et chers frères, prions le Seigneur afin qu’il envoie à son Église des ministres qui soient ardents de charité évangélique, dévoués au bien de tous les baptisés et courageux missionnaires partout dans le monde.
25 mars 2026
Nous poursuivons notre réflexion sur l’Église selon la présentation de la Constitution conciliaire Lumen gentium (LG). Aujourd’hui, nous abordons le quatrième chapitre, qui traite des laïcs. Nous nous souvenons tous de ce que le pape François aimait répéter : «Les laïcs sont simplement l’immense majorité du peuple de Dieu. À leur service, il y a une minorité : les ministres ordonnés » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 102).
Cette section du document s’attache à expliquer positivement la nature et la mission des laïcs, après des siècles durant lesquels ceux-ci avaient été définis simplement comme ceux qui ne font pas partie des clercs ou des consacrés. C’est pourquoi je me plais à relire avec vous un très beau passage, qui exprime la grandeur de la condition chrétienne : « Il n’y a donc qu’un seul peuple de Dieu, choisi par lui : “un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême” (Ep 4, 5) ; commune est la dignité des membres par leur régénération en Christ, commune la grâce de l’adoption filiale, commune la vocation à la perfection ; il n’y a qu’un seul salut, une seule espérance et une charité sans divisions » (LG, 32).
Avant toute différence de ministère ou d’état de vie, le Concile affirme l’égalité de tous les baptisés. La Constitution ne veut pas que l’on oublie ce qu’elle avait déjà affirmé dans le chapitre sur le peuple de Dieu, à savoir que la condition du peuple messianique est la dignité et la liberté des enfants de Dieu (cf. LG, 9).
Bien sûr, plus le don est grand, plus l’engagement l’est aussi. C’est pourquoi le Concile, outre la dignité, met également l’accent sur la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde. Mais sur quoi repose cette mission et en quoi consiste-t-elle ? C’est ce que nous révèle la description même des laïcs que le Concile nous propose : « On entend par laïcs tous les fidèles chrétiens […] qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au Peuple de Dieu, et participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Église et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien.» (LG, 31).
Le peuple saint de Dieu n’est donc jamais une masse informe, mais le corps du Christ ou, comme le disait Saint Augustin, le Christus totus : c’est la communauté structurée de manière organique, en vertu de la relation féconde entre les deux formes de participation au sacerdoce du Christ : le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel (cf. LG, 10). En vertu du Baptême, les fidèles laïcs participent au même sacerdoce du Christ. En effet, « Jésus Christ, prêtre suprême et éternel veut poursuivre également, à travers les laïcs, son témoignage et son service, c’est pourquoi il les vivifie de son Esprit, et les pousse inlassablement à réaliser tout bien et toute perfection » (LG, 34).
Comment ne pas évoquer, à ce propos, saint Jean-Paul II et son Exhortation apostolique Christifideles laici (30 décembre 1988). Il y soulignait que « fort de son inestimable patrimoine doctrinal, spirituel et pastoral, le Concile a écrit des pages vraiment merveilleuses sur la nature, la dignité, la spiritualité, la mission, la responsabilité des fidèles laïcs. Et les Pères conciliaires, en écho à l'appel du Christ, ont appelé tous les fidèles laïcs, hommes et femmes, à travailler à sa vigne » (n° 2). C’est ainsi que mon vénéré prédécesseur relançait l’apostolat des laïcs, auquel le Concile avait consacré un document spécifique, dont nous parlerons plus loin [1].
Le vaste champ de l’apostolat des laïcs ne se limite pas à l’espace de l’Église, mais s’étend au monde. L’Église, en effet, est présente partout où ses enfants professent et témoignent de l’Évangile : sur les lieux de travail, dans la société civile et dans toutes les relations humaines, là où, par leurs choix, ils montrent la beauté de la vie chrétienne, qui anticipe ici et maintenant la justice et la paix qui seront pleines dans le Royaume de Dieu. Le monde a besoin « d’être imprégné de l’Esprit du Christ pour d’atteindre plus efficacement sa fin dans la justice, la charité et la paix » (LG, 36). Et cela n’est possible qu’avec la contribution, le service et le témoignage des laïcs !
C’est l’invitation à être cette Église “en sortie” dont nous a parlé le pape François : une Église incarnée dans l’histoire, toujours ouverte à la mission, dans laquelle nous sommes tous appelés à être des disciples-missionnaires, apôtres de l’Évangile, témoins du Royaume de Dieu, porteurs de la joie du Christ que nous avons rencontré !
Frères et sœurs, que la Pâques que nous nous apprêtons à célébrer renouvelle en nous la grâce d’être, comme Marie de Magdala, comme Pierre et Jean, des témoins du Ressuscité !
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[1] Cf. Conc. Ecum. Vat. II, Decr. Apostolicam actuositatem (18 novembre 1965).
1er avril 2026
La Constitution du Concile Vatican II Lumen Gentium (LG) sur l’Église consacre un chapitre entier, le cinquième, à la vocation universelle à la sainteté de tous les fidèles : chacun de nous est appelé à vivre dans la grâce de Dieu, à pratiquer les vertus et à se conformer au Christ. La sainteté, selon la Constitution conciliaire, n’est pas un privilège réservé à quelques-uns, mais un don qui engage chaque baptisé à tendre vers la perfection de la charité, c’est-à-dire vers la plénitude de l’amour envers Dieu et envers son prochain. La charité est, en effet, le cœur de la sainteté à laquelle tous les croyants sont appelés : infusée par le Père, à travers son Fils Jésus, cette vertu « oriente tous les moyens de sanctification, leur donne leur âme et les conduit à leur fin » (LG, 42). Le plus haut degré de sainteté, comme aux origines de l’Église, est le martyre, « témoignage suprême de la foi et de la charité » (LG, 50) : c’est pourquoi le texte conciliaire enseigne que tout croyant doit être prêt à confesser le Christ jusqu’à verser son sang (cf. LG, 42), comme cela s’est toujours produit et se produit encore aujourd’hui. Cette disponibilité au témoignage se manifeste chaque fois que les chrétiens laissent dans la société des signes de foi et d’amour, en s’engageant pour la justice.
Tous les sacrements, de façon éminente l’Eucharistie, sont une nourriture qui font croitre une vie sainte, assimilant chaque personne au Christ, modèle et mesure de la sainteté. Il sanctifie l’Église, dont il est le Chef et le Pasteur : la sainteté est, dans cette perspective, son don, qui se manifeste dans notre vie quotidienne chaque fois que nous l’accueillons avec joie et y répondons avec engagement. À ce propos, saint Paul VI, lors de l’audience générale du 20 octobre 1965, rappelait que l’Église, pour être authentique, désire que tous les baptisés soient « des saints, c’est-à-dire véritablement ses enfants dignes, forts et fidèles ». Ceci s’accomplit comme une transformation intérieure, par laquelle la vie de chaque personne est conformée au Christ par la vertu de l’Esprit Saint (cf. Rm 8,29; LG, 40).
Lumen Gentium décrit la sainteté de l'Église catholique comme l'une de ses caractéristiques constitutives, à recevoir dans la foi, car elle est considérée comme « indéfectiblement sainte » (LG, 39). Cela ne signifie pas qu'elle le soit pleinement et parfaitement, mais qu'elle est appelée à confirmer ce don divin durant son pèlerinage vers la destination éternelle, marchant « à travers les persécutions du monde et les consolations de Dieu » (Saint Augustin, De civ. Dei 51,2 ; LG, 8). La triste réalité du péché dans l'Église, c'est-à-dire en chacun de nous, invite chacun de nous à entreprendre un changement de vie sérieux, en nous confiant au Seigneur, qui nous renouvelle dans la charité. Cette grâce infinie précisément, qui sanctifie l'Église, nous remet une mission à accomplir jour après jour : celle de notre conversion. Ainsi, la sainteté n’a pas seulement une nature pratique, comme si elle pouvait se réduire à un engagement éthique, aussi grand soit-il, mais elle concerne l'essence même de la vie chrétienne, tant personnelle que communautaire.
Dans cette perspective, la vie consacrée joue un rôle décisif, et la Constitution conciliaire en parle au chapitre six (cf. nn 43-47). Chez le peuple saint de Dieu, elle constitue un signe prophétique du monde nouveau, vécu ici et maintenant dans l’histoire. En effet, ces conseils évangéliques qui façonnent toute expérience de la vie consacrée : la pauvreté, la chasteté et l’obéissance, sont des signes du Royaume de Dieu, déjà présents dans le mystère de l’Église. Ces trois vertus ne sont pas des prescriptions qui enchainent la liberté, mais des dons libérateurs de l’Esprit Saint, par lesquels certains fidèles sont totalement consacrés à Dieu. La pauvreté exprime une confiance totale en la Providence, libérant du calcul et de l’intérêt personnel ; l’obéissance a pour modèle le don de soi que le Christ a fait au Père, libérant de la suspicion et de la domination ; la chasteté est le don d’un cœur entier et pur dans l’amour, au service de Dieu et de l’Église.
En se conformant à ce mode de vie, les personnes consacrées témoignent de la vocation universelle à la sainteté de toute l’Église, sous la forme d’un engagement radical. Les conseils évangéliques manifestent la pleine participation à la vie du Christ, jusqu’à la croix : c’est précisément par le sacrifice du Crucifié que nous sommes tous rachetés et sanctifiés ! Contemplant cet événement, nous savons qu’il n’est aucune expérience humaine que Dieu ne rachète : même la souffrance, vécue en union avec la Passion du Seigneur, devient un chemin vers la sainteté. La grâce qui convertit et transforme la vie nous fortifie ainsi dans chaque épreuve, nous indiquant pour but non pas un idéal lointain, mais la rencontre avec Dieu, qui s’est fait homme par amour. Que la Vierge Marie, Mère toute sainte du Verbe incarné, soutienne et protège toujours notre chemin.
8 avril 2026
En nous attardant aujourd’hui sur une partie du chapitre VII de la Constitution du Concile Vatican II sur l’Église, méditons sur l’une de ses caractéristiques fondamentales : la dimension eschatologique. En effet, l’Église chemine dans cette histoire terrestre en restant toujours tournée vers son but ultime, qui est la patrie céleste. Il s’agit d’une dimension essentielle que pourtant nous négligeons ou minimisons souvent, car nous sommes trop concentrés sur ce qui est immédiatement visible et sur les dynamiques plus concrètes de la vie de la communauté chrétienne.
L’Église est le peuple de Dieu en marche dans l’histoire, qui a pour but de toute son action le Royaume de Dieu (cf. LG, 9). Jésus a fondé l’Église précisément en annonçant ce Royaume d’amour, de justice et de paix (cf. LG 5). Nous sommes donc appelés à considérer la dimension communautaire et cosmique du salut en Christ et à tourner notre regard vers cet horizon final, afin de mesurer et d’évaluer tout dans cette perspective.
L’Église vit dans l’histoire au service de l’avènement du Royaume de Dieu dans le monde. Elle annonce à tous et en tout temps les paroles de cette promesse, en reçoit un gage dans la célébration des sacrements, en particulier de l’Eucharistie, et les met en œuvre et en expérimente la logique dans les relations d’amour et de service. Elle sait en outre qu’elle est le lieu et le moyen où l’union avec le Christ se réalise « plus étroitement » (LG, 48), tout en reconnaissant que le salut peut être donné par Dieu dans l’Esprit Saint même en dehors de ses limites visibles.
À cet égard, la Constitution Lumen gentium fait une affirmation importante : l’Église est « sacrement universel de salut » (LG, 48), c’est-à-dire signe et instrument de cette plénitude de vie et de paix promise par Dieu. Cela signifie qu’elle ne s’identifie pas parfaitement au Royaume de Dieu, mais qu’elle en est le germe et le commencement, car l’accomplissement ne sera donné à l’humanité et au cosmos qu’à la fin des temps. Les croyants en Christ cheminent donc dans cette histoire terrestre, marquée par la maturation du bien mais aussi par les injustices et les souffrances, sans être ni illusionnés ni désespérés ; ils vivent guidés par la promesse reçue de « Celui qui fait toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5). C’est pourquoi l’Église accomplit sa mission entre le “déjà” du commencement du Royaume de Dieu en Jésus et le “pas encore” de l’accomplissement promis et attendu. Gardienne d’une espérance qui éclaire le chemin, elle est également investie de la mission de prononcer des paroles claires pour rejeter tout ce qui mortifie la vie et en empêche le développement, et de prendre position en faveur des pauvres, des exploités, des victimes de la violence et de la guerre, ainsi que de tous ceux qui souffrent, dans leur corps et dans leur esprit (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Église, n° 159).
Signe et sacrement du Royaume, l’Église est le peuple de Dieu en pèlerinage sur la terre qui, à partir précisément de la promesse finale, lit et interprète à la lumière de l’Évangile les dynamiques de l’histoire, dénonçant le mal sous toutes ses formes et annonçant, par la parole et par les œuvres, le salut que le Christ veut réaliser pour toute l’humanité et son Royaume de justice, d’amour et de paix. L’Église, donc, ne s’annonce pas elle-même ; au contraire, en elle, tout doit renvoyer au salut en Christ.
Dans cette perspective, l’Église est appelée à reconnaître humblement la fragilité humaine et le caractère éphémère de ses propres institutions qui, bien qu’étant au service du Royaume de Dieu, portent l’empreinte fugace de ce monde (cf. LG, 48). Aucune institution ecclésiale ne peut être absolutisée ; au contraire, puisqu’elles vivent dans l’histoire et dans le temps, elles sont appelées à une conversion continuelle, au renouvellement des formes et à la réforme des structures, à la régénération constante des relations, afin qu’elles puissent véritablement correspondre à leur mission.
Dans la perspective du Royaume de Dieu, il faut également prendre en compte la relation entre les chrétiens qui accomplissent aujourd’hui leur mission et ceux qui ont déjà achevé leur existence terrestre et se trouvent dans un état de purification ou de béatitude. Lumen gentium affirme en effet que tous les chrétiens forment une seule Église, qu’il existe une communion et une participation aux biens spirituels fondée sur l’union avec le Christ de tous les croyants, une sollicitude fraternelle entre l’Église terrestre et l’Église céleste : cette communion des saints qui se vit en particulier dans la liturgie (cf. LG, 49-51). En priant pour les défunts et en suivant les traces de ceux qui ont déjà vécu en tant que disciples de Jésus, nous sommes nous aussi soutenus dans notre cheminement et nous renforçons l’adoration de Dieu : marqués par l’unique Esprit et unis dans l’unique liturgie, avec ceux qui nous ont précédés dans la foi, nous louons et rendons gloire à la Très Sainte Trinité.
Soyons reconnaissants aux Pères conciliaires de nous avoir rappelé cette dimension si importante et si belle de l’être chrétien, et efforçons-nous de la cultiver dans notre vie.
6 mai 2026
Le Concile Vatican II a voulu consacrer le dernier chapitre de la Constitution dogmatique sur l’Église à la Vierge Marie (cf. Lumen gentium, 52-69). Elle « est saluée comme membre suréminent et absolument unique de l’Église, modèle et exemplaire admirables pour celle-ci dans la foi et dans la charité » (n° 53). Ces paroles nous invitent à comprendre comment, en Marie, qui, sous l’action du Saint-Esprit, a accueilli et engendré le Fils de Dieu venu dans la chair, on peut reconnaître à la fois le modèle, le membre par excellence et la mère de toute la communauté ecclésiale.
En se laissant façonner par l’œuvre de la Grâce, venue s’accomplir en elle, et en accueillant le don du Très-Haut par sa foi et son amour virginal, Marie est le modèle parfait de ce que toute l’Église est appelée à être, créature de la Parole du Seigneur et mère des enfants de Dieu engendrés dans la docilité à l’action du Saint-Esprit. En tant que croyante par excellence, en qui nous est offerte la forme parfaite de l’inconditionnelle ouverture au mystère divin dans la communion du peuple saint de Dieu, Marie est membre éminent de la communauté ecclésiale. Enfin, en tant qu’elle engendre des enfants dans le Fils, aimés dans l’Éternel Bien-Aimé venu parmi nous, Marie est mère de toute l’Église, qui peut s’adresser à elle avec une confiance filiale, dans la certitude d’être écoutée, protégée et aimée.
On pourrait exprimer l’ensemble de ces caractéristiques de la Vierge Marie en parlant d’elle comme de la femme icône du Mystère. Le terme femme met en évidence la réalité historique de cette jeune fille d’Israël, à qui il a été donné de vivre l’expérience extraordinaire de devenir la mère du Messie. L’expression icône souligne qu’en elle se réalise le double mouvement de descente et d’ascension : en Elle resplendissent tant l’élection gratuite de la part de Dieu que le libre consentement de la foi en Lui. Marie est donc la femme icône du Mystère, c’est-à-dire du dessein divin de salut, autrefois caché et révélé en plénitude en Jésus-Christ.
Le Concile nous a laissé un enseignement clair sur la place singulière réservée à la Vierge Marie dans l’œuvre de la Rédemption (cf. Lumen gentium, 60-62). Il a rappelé que le seul Médiateur du salut est Jésus-Christ (cf. 1 Tm 2, 5-6) et que sa Très Sainte Mère « n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ mais en manifeste au contraire la vertu. » (LG, 60). En même temps, « la bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l’intérieur du dessein d’incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, […] apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère. » (ibid., 61).
Le mystère de l’Église se reflète également dans la Vierge Marie : en Elle, le peuple de Dieu trouve représentés son origine, son modèle et sa patrie. En la Mère du Seigneur, l’Église contemple son propre mystère, non seulement parce qu’elle y retrouve le modèle de la foi virginale, de la charité maternelle et de l’alliance nuptiale à laquelle elle est appelée, mais aussi et surtout parce qu’elle reconnaît en elle son archétype, la figure idéale de ce qu’elle est appelée à être.
Comme on peut le voir, les réflexions sur la Vierge Mère rassemblées dans Lumen gentium nous enseignent à aimer l’Église et à servir en son sein l’accomplissement du Règne de Dieu qui vient et qui s’accomplira pleinement dans la gloire.
Laissons-nous donc interpeller par ce sublime modèle qu’est Marie, Vierge et Mère, et demandons-lui de nous aider, par son intercession, à répondre à ce qui nous est demandé à travers son exemple : est-ce que je vis avec une foi humble et active mon appartenance à l’Église ? Est-ce que je reconnais en Elle la communauté de l’alliance que Dieu m’a donnée pour correspondre à son amour infini ? Est-ce que je me sens partie intégrante de l’Église, dans l’obéissance aux pasteurs que Dieu lui donne ? Est-ce que je regarde Marie comme modèle, membre éminent et mère de l’Église, et est-ce que je Lui demande de m’aider à être un disciple fidèle de son Fils ?
Sœurs et frères, que le Saint-Esprit, descendu sur Marie et invoqué par nous avec humilité et confiance, nous donne de vivre pleinement ces merveilleuses réalités. Et, après avoir approfondi la Constitution Lumen gentium, demandons à la Vierge de nous obtenir ce don : que grandisse en chacun de nous l’amour pour la Sainte Mère Église. Ainsi soit-il !
13 mai 2026
Nous commençons aujourd’hui, une série de catéchèses sur le premier Document promulgué par le Concile Vatican II : La constitution sur la sainte liturgie, Sacrosantum Concilium (SC).
En élaborant cette Constitution, les Pères conciliaires ont voulu non seulement entreprendre une réforme des rites, mais aussi amener l’Église à contempler et à approfondir ce lien vivant qui la constitue et l’unit : le mystère du Christ. La liturgie, en effet, touche au cœur même de ce mystère : elle est à la fois l’espace, le temps et le contexte dans lesquels l’Église reçoit du Christ sa propre vie. En effet, dans la liturgie, « s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC, 2), qui fait de nous une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple que Dieu s’est acquis (cf. 1 P 2, 9).
Comme l’a montré le triple renouveau – biblique, patristique et liturgique – qui a traversé l’Église au cours du XXe siècle, le Mystère en question ne désigne pas une réalité obscure, mais le dessein salvifique de Dieu, caché depuis l’éternité et révélé en Christ, selon l’affirmation de saint Paul (cf. Ep 3, 3-6). Voici donc le Mystère chrétien : l’événement pascal, c’est-à-dire la passion, la mort, la résurrection et la glorification du Christ, qui nous est rendu sacramentellement présent précisément dans la liturgie, de sorte que chaque fois que nous participons à l’assemblée réunie « en son nom » (Mt 18, 20), nous sommes plongés dans ce Mystère.
Le Christ lui-même est le principe intérieur du mystère de l’Église, peuple saint de Dieu, né de son côté transpercé sur la croix. Dans la sainte liturgie, par la puissance de son Esprit, il continue d’agir. Il sanctifie et associe l’Église, son épouse, à son offrande au Père. Il exerce son sacerdoce absolument unique, lui qui est présent dans la Parole proclamée, dans les Sacrements, dans les ministres qui célèbrent, dans la communauté rassemblée et, au plus haut degré, dans l’Eucharistie (cf. SC, 7). C’est ainsi que, selon saint Augustin (cf. Serm., 277), en célébrant l’Eucharistie, l’Église « reçoit le Corps du Seigneur et devient ce qu’elle reçoit » : elle devient le Corps du Christ, « demeure de Dieu par l’Esprit » (Ep 2, 22). Telle est « l’œuvre de notre rédemption », qui nous configure au Christ et nous édifie dans la communion.
Dans la sainte liturgie, cette communion se réalise « par les rites et les prières » (SC, 48). La ritualité de l’Église exprime sa foi – selon le célèbre adage lex orandi, lex credendi –, et façonne en même temps l’identité ecclésiale : la Parole proclamée, la célébration du sacrement, les gestes, les silences, l’espace, tout cela représente et donne forme au peuple convoqué par le Père, Corps du Christ, Temple du Saint-Esprit. Chaque célébration devient ainsi une véritable épiphanie de l’Église en prière, comme l’a rappelé saint Jean-Paul II (Lettre apostolique Vicesimus quintus annus, 9).
Si la liturgie est au service du mystère du Christ, on comprend pourquoi elle a été définie comme « le sommet vers lequel tend l’action de l’Église et, en même temps, la source d’où jaillit toute son énergie » (SC, 10). Il est vrai que l’action de l’Église ne se limite pas à la seule liturgie, mais toutes ses activités (la prédication, le service des pauvres, l’accompagnement des réalités humaines) convergent vers ce « sommet ». À l’inverse, la liturgie soutient les fidèles en les plongeant sans cesse dans la Pâque du Seigneur et, par conséquent, à travers la proclamation de la Parole, la célébration des sacrements et la prière commune, ils sont fortifiés, encouragés et renouvelés dans leur engagement de foi et dans leur mission. En d’autres termes, la participation des fidèles à l’action liturgique est à la fois « intérieure » et « extérieure ».
Cela signifie également qu’elle est appelée à se déployer concrètement tout au long de la vie quotidienne, dans une dynamique éthique et spirituelle, de sorte que la liturgie célébrée se traduise en vie et exige une existence fidèle, capable de concrétiser ce qui a été vécu dans la célébration : c’est ainsi que notre vie devient « un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu », réalisant notre « culte spirituel » (Rm 12, 1).
Ainsi, «la liturgie édifie chaque jour ceux qui sont au-dedans pour en faire un temple saint dans le Seigneur » (SC, 2), et forme une communauté ouverte et accueillante envers tous. Elle est en effet habitée par l’Esprit Saint, elle nous introduit dans la vie du Christ, elle fait de nous son Corps et, dans toutes ses dimensions, elle représente un signe de l’unité de toute l’humanité en Christ. Comme le disait le pape François, « le monde ne le sait pas encore, mais tous sont invités au repas des noces de l’Agneau (Ap 19, 9) » (Lettre apostolique Desiderio desideravi, 5).
Très chers, laissons-nous façonner intérieurement par les rites, les symboles, les gestes et surtout par la présence vivante du Christ dans la liturgie, que nous aurons encore l’occasion d’approfondir lors des prochaines catéchèses.
20 mai 2026
Dans l’encyclique Mediator Dei, le vénérable Pie XII écrit que « l’Église est un organisme vivant et, en tant que tel, y compris en matière de liturgie sacrée, tout en préservant l’intégrité de son enseignement, elle grandit et se développe, s’adaptant et se conformant aux circonstances et aux exigences qui se présentent au fil du temps» (I, V).
En pleine continuité avec ce principe, le Concile Vatican II, dans le préambule de la Constitution Sacrosanctum Concilium (SC), reconnaît qu’il est de son devoir «à un titre particulier de veiller aussi à la restauration et au progrès de la liturgie» (n° 1). L’assemblée conciliaire avait en effet été réunie dans le but «de faire progresser la vie chrétienne de jour en jour chez les fidèles ; de mieux adapter aux nécessités de notre époque celles des institutions qui sont sujettes à des changements ; de favoriser tout ce qui peut contribuer à l’union de tous ceux qui croient au Christ, et de fortifier tout ce qui concourt à appeler tous les hommes au sein de l’Église» (ibid.).
À ce moment historique, on ressentait fortement la nécessité d’un renouveau des formes rituelles, par lesquelles, depuis des siècles, l’Église avait réalisé la glorification de Dieu et la sanctification du peuple chrétien. Grâce au Mouvement liturgique, s’était mûrie la conviction, exprimée par la suite par saint Jean-Paul II, qu’« il existe en effet un lien très étroit et organique entre le renouveau de la liturgie et le renouveau de toute la vie de l'Eglise. L’Église agit dans la liturgie, mais elle s'y exprime aussi, elle vit de la liturgie et elle puise dans la liturgie ses forces vitales » (Lettre Dominicae Cenae, 13).
Afin de favoriser l’accès des fidèles à la richesse des dons de grâce dispensés par la liturgie sacrée, la Constitution Sacrosanctum Concilium indique donc, par une formule très efficace, la voie à suivre : « maintenir la saine tradition et s’ouvrir à un progrès légitime » (SC, 23).
Le pape Benoît XVI a perçu dans cette déclaration d’intentions le « programme de réforme » des Pères conciliaires, « en équilibre avec la grande tradition liturgique du passé et de l’avenir », notant que « bien souvent, on oppose maladroitement tradition et progrès », alors qu’« en réalité, les deux concepts s’intègrent : la tradition inclut en quelque sorte le progrès. En d’autres termes, le fleuve de la tradition porte en lui également sa source et tend vers l’embouchure » (Discours aux participants au Colloque à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation de l’Institut pontifical liturgique Saint-Anselme, 6 mai 2011).
Le Concile affirme la légitimité de ce progrès enraciné dans l’authentique Tradition, en distinguant, au sein de la liturgie, « une partie immuable, car d’institution divine », des « parties sujettes au changement qui peuvent varier au cours des âges ou même le doivent, s’il s’y est introduit des éléments qui correspondent mal à la nature intime de la liturgie elle-même, ou si ces parties sont devenues inadaptées » (SC, 21). Des changements de ce genre se sont produits constamment au fil des siècles afin de permettre aux fidèles une participation fructueuse, par le biais des actions rituelles, au mystère pascal du Christ, fondement de la foi chrétienne. Le culte de l’Église s’est donc “incarné” dans les formes culturelles de chaque époque et a été capable d’influencer celles-ci, voire de les transformer. La liturgie a ainsi été, pendant des siècles, un moteur d’évangélisation. Aujourd’hui, il faut renouveler cette énergie dans la continuité de la tradition catholique authentique et vivante, c’est-à-dire selon une dynamique visant à introduire les croyants à la plénitude de la vérité.
On comprend alors pourquoi les Pères conciliaires ont recommandé que la révision des rites, lorsqu’elle répond à « une utilité réelle et avérée pour l’Église », soit toujours effectuée « après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. » (SC, 23). Pour le bien de toute l’Église, toute réforme doit « toujours commencer par une soigneuse étude théologique, historique et pastorale » (ibid.). Le Magistère conciliaire invite ainsi à éviter de désorienter les fidèles, en dissuadant quiconque d’ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit, en matière liturgique, de sa propre initiative (cf. SC, 22). Le progrès évoqué par la Constitution conciliaire ne compromet en rien la communion ecclésiale : il vise plutôt à la confirmer et à la favoriser.
J’exhorte donc tous ceux qui sont appelés à préparer la célébration des mystères divins, en particulier les prêtres qui exercent le ministère de la présidence liturgique, à toujours garder ce respect des textes et des dispositions de la liturgie qui naît d’une attitude intérieure de disponibilité et de confiance en Dieu, en manifestant de l’humilité devant sa grandeur et une fidélité sincère à la communion ecclésiale.
27 mai 2026
En poursuivant notre catéchèse sur la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium (SC), nous souhaitons nous arrêter un instant pour réfléchir sur certains éléments constitutifs de la liturgie sacrée, tels que le rite, le signe et le symbole.
Le Concile Vatican II, s’inspirant du précieux travail du Mouvement liturgique, nous a aidés à redécouvrir une vérité très vive dans la conscience de l’Église primitive et dans l’enseignement des Pères. Les rites de la liturgie chrétienne ne sont pas un revêtement extérieur du mystère sacramentel, un ensemble de cérémonies arbitraires, mais ils sont la médiation ecclésiale par laquelle nous parvient le don divin. C’est précisément pour cette raison que le Concile invite à comprendre le Mysterium fidei qui se réalise dans la liturgie à travers les rites et les prières (cf. SC, 48).
Le rite donne forme à l’action liturgique et, à travers elle, à notre vie, suscitant en nous une sensibilité spirituelle qui nous rend capables de goûter la présence de Dieu par Jésus-Christ. Naturellement, cela se produit si nous ne restons pas des spectateurs étrangers ou muets (cf. ibid.) face à la liturgie, mais si nous y participons de tout notre être – corps, esprit et cœur –, en obéissance au commandement du Seigneur. À travers le rite sacré, nous sommes ainsi formés à l’écoute de la Parole de Dieu, à l’action de grâce et à l’adoration, au partage fraternel et à la communion ecclésiale. Nous découvrons que nous sommes une assemblée aux multiples visages, réunie par la même foi.
Le rite nous plonge dans une séquence bien définie de gestes et de prières, qui peut parfois contrarier notre tendance individuelle à la spontanéité. Sa logique, cependant, n’est pas d’enfermer la liberté dans des schémas. Au contraire, par la sobriété solennelle de ses rythmes, le rite interrompt les activités frénétiques nous ramenant à l’essentiel. Nous découvrons ainsi une autre dimension de l’agir, qui n’est pas guidée par des calculs de rendement, et une autre expérience du temps et de l’espace. Dans le rite, nous faisons l’expérience d’une logique de gratuité, nous trouvons une pause qui régénère le cœur, nous reconnaissons que nous sommes précédés de la grâce divine, nous apprenons à vivre dans un rythme habité par l’Esprit Saint.
La grammaire du rite est tissée des signes et des symboles propres à la liturgie. En elle, comme l’affirme le Concile, « la sanctification de l’homme est signifiée par des signes sensibles et réalisée d’une manière propre à chacun d’eux » (SC, 7). Le Catéchisme de l’Église Catholique approfondit la valeur de ces signes, en rappelant que « leur signification s’enracine dans l’œuvre de la création et dans la culture humaine, se précise dans les événements de l’Ancienne Alliance et se révèle pleinement dans la personne et l’œuvre du Christ » (n° 1145). Emblématique est le signe de l’eau : depuis les origines de la création jusqu’au déluge, depuis la traversée de la mer Rouge jusqu’au Jourdain, jusqu’à l’eau qui jaillit du côté du Christ et devient signe sacramentel de l’immersion dans sa mort et résurrection.
“Signe” et “symbole” sont des termes souvent utilisés comme synonymes. En réalité, un signe est symbolique lorsqu’il est capable de renvoyer non seulement à une idée, mais à tout un système de significations et de valeurs. Ainsi, par exemple, lorsque nous sommes aspergés avec l’eau bénite, cela ravive en nous la conscience du don reçu lors du baptême et notre adhésion à la vie nouvelle en Christ. Deuxièmement, les symboles ont essentiellement un caractère pratique, étant avant tout des actions : les plus simples et courantes, comme s’agenouiller et se donner la paix, ou les plus exigeantes, comme les actes constitutifs de chaque sacrement. Surtout, les symboles ont une dimension singulière, performative et transformatrice, tant envers les éléments matériels qui les composent qu’envers ceux qui entrent en contact avec eux, générant un sentiment d’appartenance, touchant le cœur et l’esprit, suscitant d’authentiques relations ecclésiales.
Dans la Lettre apostolique Desiderio desideravi, le pape François, faisant sienne une affirmation de Romano Guardini, identifiait « la première tâche du travail de formation liturgique : l’homme doit retrouver sa capacité symbolique » (n° 44). Nous avons besoin de nous laisser éduquer par les rites de la liturgie, en soignant avec délicatesse et sans arbitraire la beauté de nos célébrations et en nous engageant dans une authentique mystagogie. L’expérience d’une liturgie vivante et pieuse, accompagnée d’une catéchèse mystagogique appropriée, est la meilleure ressource pour réveiller en chacun cette ouverture à la rencontre avec Dieu qui, dans la logique de l’Incarnation, ne peut avoir lieu qu’en impliquant tout l’homme : esprit, âme et corps (cf. 1Th 5, 23).
3 juin 2026